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Histoire de l'art (art contemporain)
Lundi de 18h à 20h


"Sculpter l'habité"

    Comment les artistes abordent-ils la présence, le pouvoir et les symboles des lieux de notre existence, qu’il s’agisse des espaces intimes ou publics, à l’échelle de la maison et à celle de la ville ? En quoi la sculpture a-t-elle un statut privilégié dans la prise en charge des formes mais aussi des enjeux des espaces habités ? Quelles tensions mais aussi quelles cohabitations entre art et architecture ? Comment la sculpture fournit-elle un éclairage particulier sur la question de l’habiter ?

    Toute une série de questionnements particulièrement foisonnants depuis les années soixante qui seront abordés tout au long de l’année à travers des œuvres et des démarches singulières et variées, nouant différents types de rapports à l’espace habité – poétiques, critiques, utopiques ou fusionnels –, dans le champ élargi de la sculpture contemporaine – objet, design, installation, intervention – engageant les problématiques de l’espace en trois dimensions. Trois dimensions qui, on le verra, excèdent largement les délimitations strictement spatiales pour englober les notions temporelles et corporelles. La question fondamentale et fondatrice de ces questionnements – qu’est-ce qu’habiter ? – servira de fil conducteur à la mise en place et au développement du cours. Travailler en particulier les relations entre art et architecture du point de vue de la sculpture, c’est envisager la multitude et la complexité des relations entre corps, espace et temps.

    La sculpture a une histoire fondée sur le passage de la statuaire à la sculpture à travers une modification fondamentale du rapport à l’espace. Ainsi la sculpture contemporaine n’est-elle plus seulement une sculpture dans l’espace, mais une sculpture de l’espace. Elle qui accompagnait l’architecture en l’occupant comme un élément meuble, l’intègre à présent pour questionner, interroger, réveiller l’espace. La sculpture contemporaine réveille mais aussi révèle l’espace en le qualifiant – en lui donnant une densité, une visibilité, une intensité qui en fait surgir les caractéristiques et conduit à l’émotion mais aussi à la réflexion. « Une œuvre d’art devrait toujours nous apprendre que nous n’avions pas vu ce que nous voyons » énonce Paul Valéry.

    C’est non seulement le statut de la sculpture qui se transforme, mais également celui du spectateur – qui très souvent devient arpenteur voire acteur des espaces sculpturaux –,  et de l’artiste – qui peut investir, expérimenter, voire habiter son œuvre. En ouvrant l’espace au corps – au corps de l’artiste comme à celui du spectateur –, la sculpture façonne ses propres espaces à habiter et opère un écart, un décalage, non seulement avec les cadres habituels de l’habiter mais aussi avec les conceptions esthétiques classiques. Les œuvres concernées s’adressent avant tout à l’homme comme habitant au-delà des catégories de l’artiste et du spectateur.

    Ce sont les spécificités de ces espaces sculpturaux qui feront l’objet de notre réflexion à travers les œuvres d’artistes reconnus, émergents ou moins connus, questionnant le rôle et le statut de la forme, de l’espace et du lieu dans toutes leurs dimensions. Il y sera question de notions aussi diverses que celles de la fiction, de l’atmosphère, de l’habitacle, de l’habitude, des relations intime/public, de la muralité, de la maison ou encore d’espaces utopiques. Notre réflexion se nourrira d’autres formes de l’art contemporain – peinture, vidéo, photographies, etc. – et investira d’autres champs – cinéma, littérature, philosophie, architecture. Tout comme l’art et la vie sont étroitement liés dans ces questionnements, l’élargissement à d’autres champs fait partie d’une démarche qui se veut résolument ouverte, propice aux échanges et au dialogue.

    Célia Charvet